La Philosophie

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epuis plus d’une décennie maintenant, le monde entier découvre avec frétillement une danse africaine créative, novatrice et surtout l’apparition de jeunes chorégraphes décomplexés, se présentant comme des créateurs à part entière avec un talent intrinsèque reconnu et magnifié. Cette insolente irruption sur les grandes scènes professionnelles et dans les circuits internationaux de diffusion artistique a mis sous les feux des projecteurs tout un continent de façon positive. Loin des images de famine, de guerre, des ravages du SIDA et des coups d’Etat dont les médias raffolent, la jeunesse africaine de Ouagadougou à Nairobi, de Tana à Dakar, de Tunis à Johannesburg ou de Lagos à Maputo danse ses joies et ses peines, ses révoltes mais aussi sa conscience et son souci d’un avenir meilleur.

Pour les observateurs avertis, cette reconnaissance est le résultat d’un long processus dont l’Ecole Mudra-Afrique de Dakar, ouverte en 1977 par une forte volonté politique du Président Léopold Sédar Senghor et Maurice Béjart aura été l’un des principaux facteurs déclencheurs. Les actions conjuguées des initiateurs et des élèves de cette première institution de formation en danse du continent ont été déterminantes dans la valorisation du riche patrimoine chorégraphique africain et dans la dissémination de techniques de création et d’enseignement de l’art chorégraphique.

Dès le début des années 80, Irène Tassembédo, une des premières élèves de MUDRA-Afrique, se mobilise avec force personnalité et abnégation pour sortir la danse africaine hors des sphères des manifestations exotiques et folkloriques où elle était jusque-là confinée. Elle s’investi, à partir de sa base française, à faire ériger la danse africaine en discipline artistique majeure, tant au niveau de la création, de la formation que de la diffusion de spectacles et des méthodes pédagogiques aux quatre coins de la planète.

Aujourd’hui, elle décide de créer, à travers une légitime conviction, sur le continent et au Burkina Faso (le pays qui l’a vue naître et faire ses premiers pas de danse) l’Ecole Internationale de Danse Irène Tassembédo (l’EDIT).

L’EDIT est le prolongement naturel de plus de trois décennies d’engagement pour la danse et la défense de la diversité culturelle, notamment la culture africaine.

C’est un véritable laboratoire qui offre les ingrédients indispensables pour rendre durable les acquis et l’aura de la danse africaine sur les scènes mondiales. L’EDIT ambitionne d’être un complexe où le jeune africain de 17 à 25 ans, motivé par une carrière artistique, viendra se former physiquement et intellectuellement avec un ancrage dans le riche patrimoine chorégraphique africain et une ouverture sur le monde pour être disponible à danser son pays, à danser son continent et à danser le monde.

L’EDIT est un espace de partage et de renforcement des capacités aussi bien pour l’apprenant que pour le professionnel de danse et le lieu de remise en cause et en question permanente pour aborder d’autres techniques et l’exploration des zones connues ou encore insoupçonnées de la création chorégraphique.

L’EDIT est surtout un centre de ressource en articulation avec les structures de formation ou de créations artistiques et toutes les initiatives similaires existantes au Burkina ou sur le continent et ailleurs dans le monde. L’EDIT devra se positionner comme le point focal d’un réseau de la communauté de danseurs et chorégraphes africains engagés à faire danser les énormes potentialités artistique, économique et humaine, la joie de vivre et les peines d’un continent. Car la danse c’est la vie !